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FUNCHAL>LA GRACIOSA

1 décembre 2016 — by Victor0

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FUNCHAL>LA GRACIOSA

1 décembre 2016 — by Victor0

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Julie est rentrée en France pendant deux semaines pour animer et lancer ces ateliers dans les écoles (voir article : lancement projet pédagogique). Nous nous retrouvons à deux avec Vivien, arrivé une semaine plus tôt, pour faire la traversée de Madère aux Canaries. Sur la route, à une petite journée de nav’ se trouvent les Désertas, un parc national composé de trois îles. Le mouillage y est permis, pour 48h, moyennant autorisation. On peut, paraît-il, s’y baigner avec des phoques.

Nous partons en fin de matinée pour une navigation qui va s’avérer plutôt musclée. La mer est assez formée depuis quelques jours et le vent souffle à 25nds. Nous réduisons la toile, et le bateau se comporte bien. Arrivés à l’approche du mouillage, nous sommes abrités de la houle par l’île, mais de grosses rafales descendent des hautes falaises et nous frappent par surprise. Je décide d’affaler les voiles au plus vite et de finir l’approche au moteur. Au moment d’enrouler le génois (voile d’avant) l’une d’elles nous fait partir au lof. Le génois claque dans un vacarme assourdissant. La sanction est immédiate, la voile chute et se déchire sur 3 ou 4 mètres. Alors que nous rentrons dans le mouillage, le bateau prend encore une sévère gîte à sec de toile, et la mer est toute blanche. Nous n’avons pas d’anémomètre à bord, mais les rafales doivent atteindre facilement un bon 40, 45nds.
Bien mal m’en a pris de sous-estimer les effets de vent induits par les forts reliefs d’une côte. J’en apprends tous les jours, en toutes situations. Depuis le départ les manœuvres de voiles, le plan de pont en nav’, le sens des priorités à bord a déjà beaucoup changé. L’économie des efforts pour le bateau, comme pour l’équipage, l’anticipation ainsi que le confort, ont pris le dessus sur l’optimisation de l’avancement.

Arrivés au mouillage en fin d’après-midi, vous l’aurez compris le temps n’est pas à la baignade. Il est même impossible de gonfler l’annexe pour descendre à terre. Le vent se calme pendent la nuit. Le lendemain matin, nous préparons le bateau pour les trois jours de nav’ qui nous attendent et partons du mouillage vers 11h. Un phoque vient tout de même nous saluer du bout de sa moustache, puis disparaît comme il est venu.
Nous laissons les Desertas derrière nous, un peu déçus de ne pas avoir pu en profiter comme il se doit. Mauvais timing. C’est le jeu. Mais les Canaries nous tendent les bras. L’excitation monte, comme à chaque fois que l’on se prépare à arriver à un nouvel endroit.

La traversée rassemble toute les conditions idéales : bon vent, bonne allure, beau temps, bonne pêche. Seul ombre au tableau, c’est pas la grande forme pour Vivien. Depuis le départ, il ne peut rien manger et reste allongé dans le cockpit. Je fais attention à ce qu’il boive le plus régulièrement possible, car dans ces conditions, on se déshydrate très vite. Mais Vivien a une force incroyable. Là où n’importe qui serait dépité, lui il relativise, garde le sourire et son sens de l’humour.

Cette situation m’amène à revoir nos plans quand à la venue de famille et d’amis à bord. Cette fois-ci, nous n’étions que deux à bord, les conditions étaient idéales, et je le répète, Vivien a très bien supporté son état.
J’imagine maintenant que l’on soit quatre à bord (« Happy Squid » mesure 9 mètres), que une ou deux personnes soi(en)t malade (s) de la sorte, que les conditions se gâtent un peu, et vous avez la toutes les conditions pour que ça se passe mal. Il serait alors beaucoup plus compliqué d’assurer la sécurité de tout à chacun à bord et celle du bateau. De plus, il est totalement imprévisible de prévoir les réactions des gens dans ces conditions (peur, énervement, comportements irrationnels). Et puis ils viennent là en vacances pour en profiter. Même si ils sont prévenus de ce qu’est la voile, on leur vend quand même du rêve. Ils sont au paradis, et voilà qu’en une demi-heure tout bascule vers un côté nettement moins vendeur de ce que peut être une navigation ou un mouillage.

Arrivés au Canaries je ferai part à Julie, par mail, de cette réflexion et des nouvelles mesures qu’elle impose. A savoir :
> Lorsque l’on accueil des gens à bord, le bateau doit être considéré comme un moyen de logement, et c’est comme ça qu’il doit être présenté au gens.
> Les personnes doivent arriver et repartir du même endroit pour ne pas avoir d’obligation de navigation.
> Les navigations sont des options durant leur séjour, en fonction des conditions.
> Pas de navigation de nuit avec une tierce personne à bord.
Cela peu paraître un peu arbitraire, mais il faut prendre ces mesures comme ce qu’elles sont. Des mesures de sécurité.

Notre point de chute au Canaries est l’île de la Graciosa et son mouillage de la Playa de Franchesca. Nous mouillons dans la petite baie sur les coups de 15h, trois jours après notre départ de Desertas. L’eau est bleue, le sable blanc. On ne résiste pas longtemps pour piquer une tête bien méritée avant d’aller arpenter les paysages arides de cette île.

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